Paradis artificiels pour purgatoire réel

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Photo: Adem Yahiaoui

Chaque jour ressemble au précédent

Au marasme nulle échappatoire

Et toutes les heures se succédant

Semblent figées sur la même histoire

Etroit et borné est l’horizon

De ma pauvre cité dortoir

Cerné comme dans une prison

On l’on déverse à l’entonnoir

Tous ceux qui ont fui la misère

D’une pauvre activité agricole

Pour l’urbanisme concentrationnaire

Des banlieues de la métropole

La vieille tradition solidaire

Par le Dieu-Argent piétinée

Mêmes les cœurs les plus austères

Ont dû fuir et abandonner

Leurs petits patelins séculaires

Pour chercher dans les grandes villes

Quelque travail souvent précaire

Et des emplois souvent serviles

Dans les bidonvilles insalubres

Provisoirement s’entasser

Côtoyer les mines lugubres

Des épaves sous opiacés

Les missiles* font décoller

Avant de s’écraser en enfer

En être réduit à voler

Pour sa dose mortifère

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Photo: Amine Ounnas

Relogés dans les cités

Sans amarres ni repères

Déphasés, déconnectés

Des traditions de nos pères

Livrés à la voracité

De la mentalité marchande

Investis, phagocytés

Par son insidieuse propagande

Grandir avec l’idée ancrée

Que seul l’argent a d’importance

Que la marchandise sacrée

Est l’ultime fin de l’existence

Et mon ami, c’est ma combine

Mon portefeuille est mon frère

Si au sommet règne la rapine

En bas, mon vieux, vogue la galère

D’où le mot d’ordre : « navigue !

Frangin, dans la vie il faut se secouer* »

La vraie vertu ? C’est la brigue

Etre intelligent, c’est être un roué

Si des classes dominantes

Ne ruisselle pas la richesse

Leurs pratiques infamantes

Leur méprisable scélératesse

Est en train de faire école

Parmi la jeunesse marginalisée

Se propage comme la vérole

Recouvre uncorps fragilisé

Et tandis qu’à la débrouille

Le culot, la brigue et l’entregent

Se mettent plein les fouilles

Les serviteurs du Dieu-Argent

Les esprits bohèmes environnés

Par la grisaille de béton et de bitume

Ne trouvent qu’à s’empoisonner

Pour anesthésier leur amertume

Dévider son rêve en tirant sur un joint

Et tresser dans les volutes de la fumée

Une corde salvatrice : partir au loin

Rejoindre un eldorado fantasmé

Fuir ce déprimant espace

Cet environnement désert

Mangé par le béton vorace

Clairsemé de rares coins verts

Même le sport n’est plus possible

Les petits stades sont devenus payants

Sport du pauvre, à tous accessibles

Le foot ne l’est plus qu’au client

Des pieds-nickelés ventripotents

Pour un petit créneau d’une heure

Sont prêts à payer tout contents

L’équivalent d’une journée de labeur

Quant aux terrains municipaux

Trois communes pour un seul stade

S’en disputent les créneaux

Tu parles d’une mascarade

Nulle part où se dépenser

Evacuer la tension sexuelle

Ne restent, pour n’y plus penser

Que les paradis artificiels

Le mariage ? Pas demain la veille

Cela coûterait les yeux de la tête

Je préfère rêver monts et merveilles

En me rabattant sur la fumette

En maudissant parfois les flics

Qui sans doute par désœuvrement

Sèment parmi nous la panique

En nous braquant inopinément

Le morceau de kif vite mangé

Se laisser fouiller l’air sarcastique

Narguer le flic pour se venger

Du rêve voué à la fosse sceptique

Quelques fois pour varier

Une bouteille d’alcool fort

Dans le parking du quartier

Boire jusqu’à être ivre mort

Et dans un rythme démentiel

Défile toujours la même histoire

Et les maudits paradis artificiels

Voilent à peine mon purgatoire

*« Saroukh » : Médicament qui soulage les rhumatismes, utilisé par les toxicomanes pour son agent actif, à base d’opiacés.

*« Navigui, kho, bougi. »

Ecrit par: Djawad Rostom Touati

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